A la recherche des manuels numériques universitaires…

Brève postée le 1 juin 2015 , placée sous la catégorie : Technologies éducatives.

Mn-300x211Dix-huit ans après le rapport de Dominique Borne « Le manuel scolaire » et surtout cinq ans après celui d’Alain Séré «Le manuel scolaire à l’heure du numérique », qui proposaient pour l’enseignement secondaire un plan stratégique et opérationnel de développement sur six axes, où en est-on du développement des manuels universitaires numériques ?

Ce sujet a été abordé au Salon du livre 2015, lors de conférences organisées au sein de l’’espace Savoir & connaissances, dédié « aux acteurs qui produisent, éditent et diffusent des contenus dans l’enseignement supérieur ». Mais tout d’abord, une première table ronde, animée par Karine Papillaud, journaliste au Point, portait sur les évolutions de la chaine du livre universitaire, notamment sous l’influence du numérique. Elle a rassemblé Emmanuelle Corne (éditrice de sciences humaines et sociales aux éditions de la Maison des sciences de l’homme), Jean-Christophe Peyssard (responsable du pôle freemium de OpenEdition), Michel Zumkir (directeur du service Diffusion de la Fondation de la Maison des sciences de l’homme).

Constat n°1 : la dématérialisation de la chaine du livre universitaire est maintenant complète

Avec la dématérialisation des supports de création, la chaîne du livre est devenue encore plus collaborative :

Dans le domaine universitaire, Michel Zumkir (MSH Paris) souligne que les chercheurs notamment dans le domaine scientifique, privilégient l’information numérique : recherche d’article dans les bases de données, étude de corpus numériques dans le cadre des Digital Humanities. Certains projets éditoriaux scientifiques sont plus pertinents lorsqu’ils sont mis à disposition nativement sous forme électronique : c’est par exemple le cas des corpus ethnomusicologiques qui pourraient difficilement être étudiés autrement. Les éditeurs universitaires peuvent s’appuyer sur l’expertise d’Huma-Num, TGIR (très grande infrastructure de recherche) visant à faciliter le tournant numérique de la recherche en Sciences humaines et sociales. Ainsi dans le projet 88milSMS, 88000 SMS en français sont anonymisés et transcodés en français standard par un logiciel, Seek&Hide, pour être ensuite analysés par les chercheurs.

Les bibliothèques universitaires se modernisent en offrant un accès étendu aux périodiques électroniques ; cette évolution se fait le plus souvent au détriment de la politique documentaire (difficulté à constituer sur les plateformes numériques des sélections au titre à titre).

Constat n°2 : malgré cela , les manuels numériques à destination du premier cycle universitaire sont peu nombreux.

Une seconde table ronde au Salon du livre s’est penchée sur l’analyse de l’offre de manuels numériques et les moyens de la développer. Elle a rassemblé Michel Marian (Sous-directeur du pilotage stratégique et des territoires au MENESR), François Gèze (président du groupe universitaire du SNE), Hélène Josse (directrice-adjointe du laboratoire SeSyLiA Paris3), Christophe Péralès (président de l’ADBU), Sébastien Respingue-Perrin (responsable de la cellule Ebooks Couperin), Delphine Merrien (chargée de l’Observatoire numérique de l’enseignement supérieur), Pierre Carbone (responsable de la commission interministérielle « Bibliothèques numériques »).

On constate ces cinq dernières années une baisse globale de 30% des crédits d’achats de livres dans les bibliothèques universitaires. Cet effondrement est en partie dû à la réorientation des budgets vers les dépenses d’acquisition de ressources numériques ; mais cette nouvelle répartition financière s’effectue essentiellement en faveur des périodiques électroniques.

Concernant les manuels numériques, la pauvreté de l’offre est en cause : il en existe peu destinés aux étudiants de licence. Ainsi, comment favoriser l’émergence de ce marché, notamment dans les « discipline à manuel » que sont le Droit ou la Médecine ? Plusieurs enquêtes ont été réalisées par les partenaires institutionnels pour déterminer les conditions nécessaires au développement d’une offre conséquente :

Les intervenants présents au salon du livre ont mentionné les principaux points de ces études :

Constat n°3 : les solutions pour développer l’offre de manuels numériques universitaires sont encore embryonnaires…

Hélène Josse a proposé des pistes pour l’élaboration des contenus, suffisamment génériques pour servir à un maximum d’enseignants. Elle a ensuite défini les caractéristiques indispensables à tout bon e-manuel qui devrait :

Les éditeurs doivent offrir aux bibliothèques universitaires un mode d’achat simple et pérenne. Ils proposent actuellement soit l’accès par abonnement à une bibliothèque en ligne (NoToBib De Boeck Supérieur), soit le téléchargement d’une version numérique verrouillée par DRM. Pierson propose par exemple de consulter la version numérique du manuel selon deux formats propriétaires : le format eText, qui donne accès à la version enrichie du manuel, et le format VitalBook, qui permet d’annoter le manuel numérique. Ces fonctionnalités sont disponibles pendant 1 à 3 ans grâce à un code d’accès fourni au moment de l’achat de la version imprimée.

François Gèze note que les offres de manuels en SHS (le DSCG sur Cyberlibris par exemple) sont proposées par des plateformes généralistes qui ne permettent pas toujours le signalement au titre à titre. Il faudrait pouvoir mieux les signaler dans les catalogues de bibliothèque.

Concluant les débats, Michel Marian constate que l’offre de manuel numérique est encore embryonnaire, tandis que le modèle permettant son développement n’est pas encore fixé. Il souhaite que les acteurs universitaires s’emparent eux-mêmes du sujet ; il salue ainsi l’initiative ADBU/Couperin qui étudie la possibilité de mettre en ligne sur Openclassroom, une plateforme de cours gratuits, des supports pédagogiques qui pourraient ensuite être éditorialisés sous forme de manuels téléchargeables par les étudiants. Les enseignants et ingénieurs TICE pourraient peut-être s’aider du Guide de conception et d’utilisation du manuel numérique universitaire mis à disposition de tous par les Presses universitaires du Québec. Cette initiative sera t-elle suffisante pour stimuler le marché atone des manuels numériques universitaires ?

Pour aller plus loin, une bibliographie proposée par Eduscol :

http://eduscol.education.fr/numerique/dossier/lectures/manuel/bibliographie/universite

 

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